Après la dissolution de l’orchestre dans lequel il joue du violoncelle, Daigo Kobayashi décide avec son épouse de quitter Tokyo pour la petite ville de province où il a grandi. Ils s’installent dans le logement dont Daigo a hérité à la mort de sa mère 2 ans plus tôt. À la recherche d’un emploi, il répond à une annonce semblant parfaite : « âge indifférent, salaire avantageux, horaires très réduits, CDI. Aucune expérience nécessaire. Agence NK, aide aux voyages. » Sa femme et lui supposent donc qu’il s’agit d’une agence de voyage… Voyage certes, mais d’un genre particulier, puisqu’il s’agit du dernier : les lettres NK représentent en fait le mot « Nokan », c’est-à-dire la préparation et l’habillage d’un défunt. Daigo accepte, contraint par sa situation économique, mais n’ose pas l’avouer à sa femme : en effet, au Japon, la mort est vecteur de souillure, et ceux qui s’occupent des morts sont considérés comme impurs. Tout au plus lui dit-il qu’il travaille pour une agence qui « s’occupe de cérémonies ». On suit alors Daigo dans un parcours initiatique, qui l’emmène de la peur et du dégoût à la compréhension de l’importance de cette activité et à l’acceptation du rôle qu’il a à y jouer. Il devra aussi se confronter avec sa femme, se réconcilier avec son passé, faire le deuil de ce qu’il croyait être pour devenir ce qu’il est.

La scène d’ouverture du film reflète parfaitement le ton général : un mélange de gravité et de bouffonnerie, de tendresse et d’humour. Les personnages sont attachants, particulièrement le patron de Daigo, humaniste épicurien passionné de plantes car elles sont les seules à ne pas devoir manger des choses mortes pour survivre… La musique est aussi un personnage à part entière, qui traverse le film délicatement pour en souligner les contours.
Les paradoxes de la société japonaise vis-à-vis de la mort sont illustrés par les très belles scènes de Nokanshi, cette thanatopraxie nipponne qui s’apparente à un art, tant les gestes sont ritualisés et esthétiques : la mort est impure, mais les morts sont traités avec un respect infini. Et par-delà les différences culturelles, c’est toute l’universalité des émotions humaines face à la mort qui est parfaitement traduite : de la colère au désespoir, de la culpabilité à l’apaisement.
C’est d’ailleurs une de ces scènes que j’utilise en formation sur la mort et le deuil, la scène de « Naomi ». Cette cérémonie est pour Daigo l’occasion de voir son patron pour la première fois à l’œuvre ; c’est une révélation pour lui (« tous ses gestes me semblaient sublimes »). De même, l’attitude du mari, qui les accueille en les insultant (« vous faites de l’argent sur le dos des morts »), mais qui, après la cérémonie, les remercie en leur disant que sa femme « n’a jamais été aussi belle », lui permet de donner un sens profondément humain à son travail : celui « d’aider au voyage », non seulement les morts, mais surtout les vivants. C’est donc l’opportunité de réfléchir en formation sur l’importance des rites mortuaires.
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