Qu’est-ce que l’EMDR ?

Entretien avec Dominique Pécontal,
psychologue clinicienne certifiée EMDR

L’EMDR est apparu au milieu des années 80 aux Etats-Unis. Son nom est issu de l’anglais « Eye Movement Desensitization and Reprocessing », ce qui signifie « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». Suscitant l’intérêt depuis quelques années, il reste paradoxalement assez méconnu.

Basée sur les mouvements oculaires comme son nom l’indique, cette thérapie est destinée aux personnes ayant vécu des traumatismes ou des événements de vie éprouvants. Au-delà de cette description sommaire, qui semble recouvrir un processus mystérieux voire magique, que peut-on en dire ? N’étant pas moi-même familière de cette pratique, j’ai demandé à Dominique Pécontal, psychologue et psychothérapeute, formée à l’Institut Français d’EMDR (IFEMDR), accréditée praticienne EMDR Europe en 2019, de répondre à mes questions.

Bonjour Dominique.
Peux-tu me dire ce qui t’a amenée à pratiquer l’EMDR ?

Formée à la Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) depuis 2014, je constatais que certains patients rencontraient des difficultés à adopter les comportements souhaités. J’ai voulu aller vers une méthode qui prend en compte les blocages dus à des traumatismes.

Quelle est l’idée de base, fondamentale, à l’origine de cette thérapie ?

L’EMDR est né en 1987, lorsque Francine Shapiro, psychologue américaine, se balade dans la rue et balaye du regard le trottoir. Elle constate une vraie amélioration de ses pensées négatives. Identifiant le comportement de balayage oculaire, elle l’a expérimenté sur des personnes ayant vécu des traumatismes dont les vétérans du Vietnam.

Les traumatismes figent dans le temps les images, sons, odeurs du contexte avec l’émotion, la croyance sur soi et les sensations corporelles de l’évènement. Par exemple, si une personne a un grave accident de voiture, le bruit de la voiture qui freine, le regard du conducteur en face, la sensation du volant dans les mains… seront associés à la croyance : « je vais mourir », à l’émotion de terreur et à des sensations telles que le cœur qui bat vite, le souffle coupé, la crispation musculaire. Ces différents éléments sont associés dans la mémoire traumatique. Aussi, lorsque cette personne entendra une voiture freiner, tous les éléments du traumatisme reviendront comme si elle revivait l’accident.

On ignore encore exactement comment le processus fonctionne au niveau neurobiologique mais les études ont prouvé son efficacité clinique et l’OMS reconnait l’EMDR et la TCC comme des thérapies fonctionnant sur les traumatismes.

Comment se déroule une séance d’EMDR ?

L’EMDR est une thérapie à part entière, qui s’intègre dans d’autres approches thérapeutiques. Dans ce cadre, la première étape consiste à identifier les difficultés rencontrées dans la vie présente du patient. En effet, une situation peut être traumatique pour un individu et pas pour un autre. Seul un problème présent persistant marque que le traumatisme n’est pas « digéré ».

Certains traumatismes sont assez récents, provoquent des flash-backs, des cauchemars, un changement d’humeur… Il s’agit de graves accidents de la route, d’attentats, d’agressions, de catastrophe naturelle… Ces évènements pourront être traités en EMDR sans faire une grande recherche dans le passé. Bien que parfois, un traumatisme peut en cacher un autre…

Mais souvent, l’évènement source du traumatisme n’apparait pas clairement. C’est ce que nous appelons les « traumas complexes ». Ils se sont construits dans l’enfance au cours d’évènements répétés : humiliations, maltraitance, négligences émotionnelles, climat familial d’insécurité, prématurité, naissance difficile ou même traumatisme des parents ou grands-parents.

Dans ce cas, il faut chercher les évènements ou les représentations des évènements traumatiques.

Par exemple, si un patient exprime un manque de confiance en lui, le thérapeute EMDR demandera des exemples de situations. Pour certains, ce sera de devoir faire une présentation au travail, pour d’autres, ce sera de conduire sur l’autoroute. Cette première étape permet de définir les « déclencheurs » du présent.

À partir de l’émotion, la sensation physique et/ou la croyance présentes lors des déclencheurs, le thérapeute tentera de remonter dans l’histoire du patient pour trouver des émotions/sensations physiques et/ou croyance similaires.

Le patient qui manque de confiance en lui pourrait dire : « quand je dois parler devant plusieurs personnes, j’ai honte, je me sens écrasé et je me dis que je suis nul. J’ai souvent ressenti cela enfant à l’école. Comme je bégayais, les enfants se moquaient de moi et je me sentais mal, un peu comme quand je dois parler en public ».

Lorsque les évènements « source » sont repérés, ils sont retraités avec l’accord du patient.

Le thérapeute EMDR proposera alors au patient de revoir les évènements identifiés, non pas avec sa raison, son intellect, mais comme s’il y était encore, de les ressentir.

Le protocole se poursuit avec des Stimulations Bilatérales Alternées (SBA) : généralement des mouvements des yeux en suivant les doigts, une lumière. Ce peut-être aussi des tapotements sur les genoux (alternativement droite-gauche), selon les circonstances.

Un mouvement se crée entre le ressenti irrationnel du début et le rationnel que le patient détient déjà grâce à des expériences positives vécues par ailleurs.

Peu à peu, l’émotion change de nature ou diminue, les sensations physiques évoluent. La croyance sur soi se modifie. Dans l’exemple cité ci-dessus, le patient pourra se souvenir de la situation scolaire sans perturbation émotionnelle ou physique.

Comment décrirais-tu ce qui se passe lors d’une séance ?

Après les séances de ciblages où les souvenirs traumatiques sont recherchés, le patient est invité à se replonger dans l’évènement ciblé, guidé et soutenu par le thérapeute. Des SBA succèdent à l’expression du ressenti par le patient. Il n’y as pas de discussion au niveau rationnel mais de l’observation de « ce qui est là ». Parfois le thérapeute propose quelques informations ou pose une ou deux questions mais la plupart du temps, le patient trouve seul ses ressources. Il peut par exemple revoir la fin de l’accident, les secours, les personnes qui l’ont soutenu, réaliser que l’agresseur n’est plus menaçant aujourd’hui, que ce n’était pas sa faute… Lorsque la séance ne permet pas une digestion totale de l’évènement traumatique, il sera repris à la séance suivante, jusqu’à extinction. On passera alors à un autre souvenir du passé, à un déclencheur actuel ou à un scénario positif du futur.

Question complémentaire : cette technique a-t-elle des liens avec l’hypnose ?

Quelques techniques d’hypnose sont utilisées pour apaiser le patient si besoin mais l’EMDR est – pour moi – différent dans le sens où les ressources viennent du patient et ne sont pas proposées par le thérapeute. Mais des thérapeutes que j’apprécie, comme Evelyne Josse (https://www.resilience-psy.com/), y voient plus de points communs.

A qui s’adresse l’EMDR ? Y a-t-il des contre-indications ?

Il y a très peu de contre-indications. On évitera par exemple cette thérapie lorsqu’une femme est au début de sa grossesse, pour éviter des pics émotionnels trop importants. Pour des pathologies où le patient est déjà très dissocié, le temps de construction de ressources dans le présent sera plus long. Lorsque des troubles neurologiques sont présents, on recourt davantage à des tapotements. Un avis du médecin spécialiste du trouble est nécessaire.

Quels sont les effets de l’EMDR ? Ces effets sont-ils durables ?

L’EMDR ôte les freins rencontrés par le patient pour être la personne qu’il veut être : des croyances erronées, des émotions incontrôlables, des sensations physiques handicapantes. À ce stade, la Thérapie Comportementale et Cognitive permet de construire des objectifs de vie devenus atteignables. Si les souvenirs traumatiques ont été bien ciblés et correctement traités, les effets sont définitifs.

En combien de temps peut-on voir apparaître un soulagement des symptômes ? Y a-t-il une durée moyenne de thérapie ?

Après les phases de clarification des problèmes actuels, le ciblage des souvenirs, le renforcement des ressources si nécessaire et le début du retraitement, le soulagement arrive souvent rapidement. Le patient s’étonne de ne plus ressentir les émotions et sensations physiques qui le handicapaient ou de se comporter différemment sans y penser.

J’ai pu lire à propos de l’EMDR qu’il s’agit d’une « thérapie magique », ou d’une « solution miracle », mais aussi qu’il y avait un risque « d’effet rebond ». Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

Les thérapeutes eux-mêmes sont souvent étonnés du changement que permet l’EMDR. Personnellement, j’aimerais connaître le processus neurobiologique qui fonde ce changement (nous n’en sommes qu’à des hypothèses) mais je ne parlerai pas de magie. Juste un phénomène qu’on n’explique pas encore.

À ma connaissance, il n’y a pas d’effet rebond. Une des métaphores proposées pour expliquer l’EMDR propose la comparaison du traumatisme avec une plaie infectée. Lorsque la plaie a été nettoyée correctement, l’infection ne reprend pas.

Pour terminer, je voudrais attirer l’attention des personnes intéressées par cette approche : le psychothérapeute choisi devra impérativement être formé à l’EMDR. Il s’agit en effet d’une thérapie exigeante pour le professionnel. Pour cela, le site d’EMDR France répertorie les professionnels formés et vérifie la formation continue et la supervision : EMDR France (https://www.emdr-france.org/).

Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !

Dominique Pécontal est psychologue clinicienne et psychothérapeute, formée à la Thérapie Comportementale et Cognitive, la thérapie des Schémas, l’ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement), le MBSR (thérapie cognitive basée sur la pleine conscience) et à l’EMDR. Elle exerce à Toulouse. Vous trouverez des informations sur son site : www.psychologue-pecontal.fr

Un avis sur « Qu’est-ce que l’EMDR ? »

Laisser un commentaire